La théorie de la bureaucratie selon Max Weber

  • Grands penseurs du management
  • 14 Juin 2020
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Max Weber (1864 – 1920) était connu comme un sociologue, un économiste et un politologue allemand bien qu’il ait été d’abord formé au droit. Ses premiers écrits portaient sur l’histoire du droit, l’économie, la religion et les sciences politiques mais c’est grâce à sa théorie sur la bureaucratie qu’il a eu la plus forte influence, notamment dans le domaine de la sociologie1. Il écrivait en allemand mais il était traduit en anglais par d’autres sociologues. Il est considéré comme l’un des pères de la sociologie.

La bureaucratie peut se définir comme « une structure administrative avec des bureaux ou des fonctions bien définis et des relations hiérarchiques entre les fonctions2 ». Pour Weber, la bureaucratie est un mode d’administration particulièrement efficace et nécessaire. Les recherches actuelles semblent confirmer l’efficacité de sa théorie3.

Le concept de bureaucratie n’est pas nouveau. Il a été développé par les Chinois durant la dynastie Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.). Les décisions étaient prises essentiellement par des érudits méritants formés à l'enseignement confucéen4. Cependant, leurs décisions étaient discrétionnaires et informelles, elles ne s’appuyaient que sur leur humeur et sur ce qu’ils estimaient être une bonne décision de gestion.  

Max Weber a proposé que les décisions devaient être prises sur la base de règles, de procédures et de la politique de l’organisation plutôt que sur la base de la naissance, des humeurs et des caprices du décideur. Au début du 20ème siècle, les dirigeants et managers prenaient des décisions sans avoir à les justifier. C’est le népotisme qui régnait dans les organisations, que ce soit dans la sélection et l’évolution des carrières4.

Max Weber a identifié dans ses travaux trois types d’autorité ou de leadership4 :

  1. L’autorité basée sur les traditions (par ex. : le patriarcat, le féodalisme)
  2. L’autorité basée sur le charisme (par ex. : la religion, la famille)
  3. L’autorité basée sur la rationalité et la légalité (par ex. : le droit moderne, la bureaucratie, l’Etat)

L’autorité basée sur la rationalité et la légalité a retenu l’attention de Weber. Elle est connue également sous le nom d’autorité rationnelle-légale. Max Weber n’était pas spécialement un partisan de la bureaucratie mais il estimait que c’était probablement le moyen le plus efficace et rationnel d’organiser les activités humaines dans un monde moderne et complexes. Dans son ouvrage majeur Economy and Society publié en 1922, Max Weber décrit la bureaucratie idéale, qu’elle soit publique ou privée. Voici quelques éléments clés de sa théorie :

  • L’autorité doit être rationnelle-légale et impersonnelle, c'est-à-dire que le détenteur de cette autorité ne l’amène pas avec lui à la fin de ses fonctions ;
  • Les décisions doivent être prises sur la base de procédures, de règles et de la politique de l’organisation ;
  • Les pouvoirs doivent être spécifiés et limités par des règles ;
  • L’organisation doit être hiérarchique, c’est-à-dire avec une chaîne de commandement ;
  • Les fonctions doivent être clairement définies, réparties et spécialisées ;
  • Le personnel doit être recruté et promu sur la base du mérite, de l’expertise technique et des qualifications ;
  • Les activités doivent rester fixes et stables ;
  • Les tâches assignées doivent être effectuées régulièrement.

À notre époque, le concept de bureaucratie est assez mal vu même si son application est encore assez répandue dans les entreprises et administrations publiques. Des raisons peuvent expliquer cela4 :

  • Premièrement, les organisations bureaucratiques peuvent limiter l’initiative personnelle et la responsabilité individuelle des dirigeants. Qui plus est, se sentant protégés par la hiérarchie et ayant parfois le sentiment d'impunité, certains dirigeants peuvent participer à des activités criminelles.
  • Deuxièmement, les organisations bureaucratiques peuvent inciter les individus à respecter de manière dogmatique les règles et procédures, ce qui peut nuire à la capacité d’adaptation de l’organisation lorsque celle-ci est confrontée à des situations particulières qui ne sont pas spécifiées dans les règles habituelles.
  • Troisièmement, les bureaucraties tendent à se focaliser trop souvent sur l’autorité juridique en omettant l’autorité personnelle de l’individu. Si les dirigeants se contentent uniquement de cette autorité administrative, il leur sera difficile de galvaniser leurs équipes et d’atteindre des performances durables sans qu’il y ait un jour des problèmes de motivation et d’engagement
     

Références


1. Miner, J. B. (2006). Organizational behavior 3: Historical origins, theoretical foundations, and the future. ME Sharpe.
2. Champoux, J. E. (2016). Organizational Behavior: Integrating Individuals, Groups, and Organizations. London, England: Routledge.
3. Adler, P. S. (1999). Building better bureaucracies. Academy of Management Perspectives, 13(4), 36-47.
4. Bright, D. S., Cortes, A. H., Hartmann, E., Parboteeah, K. P., Pierce, J. L., Reece, M., … & Gardner, D. G. (2019). Principles of Management. OpenStax, Rice University.